Je prends le risque de lasser mes lectrices ici et je le sais bien...

Mais je suis en sursis, les auto-entrepreneurs sont en sursis. Nous avons jusqu'en septembre pour réagir, nous défendre, nous faire entendre... Septembre où Mme Pinel présentera son projet de loi programmant la disparition des auto-entrepreneurs.

Chacun fait ce qu'il peut : signature de pétition (ici si vous voulez donner un coup de main), courrier aux élus locaux, projets de manifestations, protestations sur les réseaux sociaux (ici et par exemple)... On peut aussi faire tout ça à la fois !

Nous n'avons finalement rien à perdre à mener quelque action. Nous avons tout à perdre si nous ne faisons rien.

Alors, je tente également une lettre ouverte à Mme Pinel...

Ne vous inquiétez pas trop pour ma santé mentale : je sais bien qu'elle ne la lira pas ! ;-)

*****

Madame la ministre,

Vous avez juré, j'imagine (un tel acharnement ne peux s'expliquer que par quelque mystérieux serment), d'avoir la peau des auto-entrepreneurs. Et il faudra bien vous reconnaître le mérite de vous y employer avec force et zèle !

Vous semblez, à lire vos diverses déclarations, ne pas bien connaître la situation des gens auxquels vous vous attaquez. Je ne suis pas leur porte-parole, je suis simplement l'une d'entre eux. Je ne parle donc ici qu'en mon nom et je vais tenter de vous expliquer...

Moi, auto-entrepreneuse, j'ai dû créer mon emploi parce que je n'en trouvais pas d'autre à près de 50 ans et dans la conjoncture actuelle.

Moi, auto-entrepreneuse, je ne l'ai pas toujours été et il faut que je vous dise : je n'ai jamais trouvé à m'épanouir dans le salariat. Être aux ordres d'un patron dont la seule préoccupation est de valoriser au maximum, et même au-delà si c'est possible, chaque euro versé à ses employés n'est pas l'idée que je me fais d'un emploi épanouissant.

Moi, auto-entrepreneuse, j'ai choisi ce régime parce que c'est le seul qui était adapté à ma situation et surtout à mes moyens financiers.

Moi, auto-entrepreneuse, même si je ne gagne pas bien ma vie, je gagne au moins en dignité ; à une époque où l'on vous demande quel est votre métier avant votre prénom, je ne suis pas obligée de dire que je suis sans emploi.

Moi, auto-entrepreneuse, je paie mes charges (je sais que ça, ça va vous épater !) et je dois bien avouer que je ne sais pas trop à qui ma petite activité "précaire" (puisque vous semblez tenir à ce mot) peut bien faire une concurrence déloyale...

Moi, auto-entrepreneuse, j'exerce l'un de ces petits métiers qui n'intéressent pas les financiers, les spéculateurs en tous genres ou ceux qui veulent s'enrichir facilement et rapidement. Je fais mon métier par passion et je sers, au mieux je l'espère, les gens ordinaires qui ont des besoins et des envies ordinaires. A l'heure où certains refusent les taches qu'ils ne jugent pas rentables, les gens comme moi sont plus que jamais indispensables, je suppose...

Moi, auto-entrepreneuse, je ne veux pas d'une entreprise "à fort potentiel de croissance" ; je ne veux pas "me développer" et entrer dans la spirale infernale des crédits qui, d'ailleurs, ne me seront sans doute pas accordés ; je ne veux pas investir ; je veux juste travailler !

Moi, auto-entrepreneuse, je ne suis cependant pas disposée à bosser 18 heures par jour ; j'ai une autre vie en dehors du boulot et je compte bien la conserver ! J'ai le temps de m'occuper de mon fils, d'entretenir moi-même ma maison, d'avoir une vie sociale, de cultiver mon potager... et un peu aussi mon esprit (mais ça, est-ce bien utile ?).

Moi, auto-entrepreneuse, je ne souhaite pas créer d'autre emploi que le mien. Je n'ambitionne pas de diriger des gens et d'en tirer plaisir et bénéfice. Du reste, mon activité ne nécessite pas plus d'une seule personne ; j'imagine que je tiens là une bonne excuse !

Moi, auto-entrepreneuse, je préfère être seule, seule face à mes clients qui apprécient sans doute de ne pas se voir renvoyer vers la secrétaire qui leur passera le service comptable qui, à son tour, les renverra vers le service réclamations avant que ce dernier se déclare incompétent à traiter leur cas...

Moi, auto-entrepreneuse, je manque sans doute d'ambition... et je le revendique ! C'est MA façon de voir la vie. Je n'aspire qu'à vivre simplement ; je n'ai aucun goût pour la gloire, le paraître, le pouvoir ou l'argent. L'argent n'est pour moi qu'un moyen, pas un but ; et je n'ai pas de gros besoins !

Moi, auto-entrepreneuse, je veux qu'on me laisse mener ma barque comme je l'entend. Si j'avais besoin d'être dirigée dans mon travail, je postulerais pour la fonction publique, j'imagine.

Moi, auto-entrepreneuse, je ne veux pas arrêter mon activité. Cela fait 3 ans que j'y bosse et je ne vois pas pourquoi je devrais tout stopper maintenant. Je n'ai aucune bonne raison de le faire !

Moi, auto-entrepreneuse, je n'accepte pas que l'on me confisque ma liberté d'entreprendre. Une liberté inscrite dans la loi depuis... 1791 !

Moi, auto-entrepreneuse, je refuse de me laisser jeter au chômage non-indemnisé par le gouvernement de mon pays. Et je vous demande, Madame, de nous dire ce que vous avez prévu pour les quelques 800 000 auto-entrepreneurs à qui vous allez enlever le pain de la bouche !

Moi, auto-entrepreneuse, je ne crois pas trop m'avancer à dire qu'aujourd'hui, les auto-entrepreneurs se désespèrent. Vous ne nous entendez pas. Vous devriez pourtant nous écouter car je crois qu'on a toujours tort d'ignorer le désespoir des gens...

Sylvie BG, auto-entrepreneuse en sursis.